Des intérêts communs

Le réchauffement et ses conséquences économiques et sociales impactent tous les pays

Tous les pays souffrent et vont souffrir avec des intensités variables du dérèglement climatique avec des conséquences économiques importantes. Les pertes infligées aux systèmes naturels qui soutiennent les économies territoriales et nationales sont déjà visibles et mesurables et elles s’accélèrent. Pour tous les pays c’est une puissante raison d’agir.

Le besoin de développement est commun et cette transition apportera des opportunités additionnelles de développement

crise écologique

Sortir des inégalités dans les sociétés industrialisées ou se développer de façon juste dans les pays en développement ne peut se faire qu’avec une croissance décarbonée, une croissance dont pourront profiter les couches sociales, les groupes sociaux et les pays les moins privilégiés. La croissance, si elle peut être plus faible en Occident compte tenu du contexte démographique, doit être plus forte dans la plupart des pays en développement dont les populations sont encore en forte croissance, une croissance réorientée plus juste et plus durable.
Ce futur régime de croissance stable dans le monde devra ainsi réduire le déficit actuel d’infrastructures dans le monde avec des options compatibles avec des sentiers de développement bas carbone et en renforçant la capacité d’adaptation des pays face au réchauffement climatique.
Les pays développés ont un rôle majeur à jouer au travers de leurs marchés, débouchés pour les pays en développement, mais aussi de leur capacité d’innovation, d’épargne et donc de financement. Ce dernier point est crucial. Beaucoup de pays en développement vont être particulièrement affectés par le changement climatique, ils possèdent aussi souvent des infrastructures obsolètes et particulièrement carbonées. C’est là que l’efficacité carbone des euros (ou dollars) investis sera la plus grande, les progrès les plus faciles à réaliser. Cela suppose une réflexion et des innovations en matière de partage des risques et de gouvernance des projets.
La poursuite de l’ambition de développement mondial est clé pour assurer à tous l’accès aux biens essentiels comme l’eau, l’alimentation, l’énergie et l’éducation. Cela, de même que les nombreuses transformations et innovations nécessaires à la révolution carbone ne pourront se faire sans croissance. Une croissance peut-être mesurée, mais une croissance tout de même.

La sobriété énergétique est une question collective

L’accroissement des inégalités, les contraintes des ménages conduisent à se focaliser sur des sujets immédiats par exemple le prix du carburant automobile ou bien du chauffage et à tourner le dos à la mise en place d’une taxe carbone.
La sobriété n’est pas l’austérité et les citoyens ne peuvent avoir des comportements sobres que si l’offre de biens et de services le leur permet. Plutôt que de systématiquement culpabiliser le consommateur, riche ou pauvre, c’est bien d’une écologie de l’offre dont nous avons besoin.
Le besoin commun d’une prise de conscience de l’urgence par les opinions publiques, qui oscillent aujourd’hui entre inquiétude et sentiment d’impuissance ou d’abandon.

Un calendrier commun?

Les scénarios du GIEC ci-dessus permettent de bien situer l’échéance. Ainsi l’accord de Paris pour limiter le réchauffement à 2° exige une neutralité carbone entre 2070 et 2075.
En termes de planification maîtrisée de la transition et de gestion des conséquences sociales, cette échéance paraît tenable.
Cette date est globalement cohérente avec les perspectives esquissées par pays. L’Europe en visant 2050 se retrouverait ainsi, même si elle est quelque peu en retard sur son calendrier en avant avec les avantages liés au statut de pionnier. Le calendrier des États-Unis reste largement incertain. De plus la perspective 2070 est cohérente avec les objectifs chinois. Enfin pour les pays en développement une neutralité carbone atteinte en 2080 (une forme de justice climatique compte tenu de leurs faibles émissions à ce jour) devrait leur permettre de ne pas entraver leur développement.
Par contre une échéance mondiale plus rapprochée serait visiblement irréaliste avec le risque de conduire à des décisions sous urgence conduisant à des crises de tous ordres et à des difficultés ingérables pour les pays en voie de développement.

En tout état de cause il s’agit de raisonner sur le temps long, pour les 50 prochaines années ce qui bien entendu ne signifie en rien qu’il n’il n’y a pas d’urgence. 50 années pour conduire tous les changements nécessaires c’est en fait peu !

Des percées technologique communes

Les innovations technologiques, venant en particulier des États-Unis, contribueront à rythmer ce temps long.
Elles font partie de la course de vitesse engagée comme elles l’ont fait pour le Covid.
Elles seront pour une large part portées par les grandes entreprises internationales qui seront, comme aujourd’hui, au cœur du sujet, plus encore que les institutions internationales ou les États.
Il ne s’agit pas d’attendre les bras croisés que la recherche et l’innovation résolvent d’elles-mêmes le sujet mais de prendre en compte celles-ci pour mieux définir la cible finale en termes énergétique et l’adaptation de celle-ci aux réalités sociales de chaque région.

Mais il y aura des gagnants et des perdants

Des opportunités pour la Chine et le Brésil, et peut être les États-Unis

Cette course pour un nouveau modèle économique rebattra les rapports de forces : le Brésil peut s’en trouver avantagé à condition d’opérer un virage politique complet ; la Chine espère bien en être le grand bénéficiaire mais la puissance d’innovation américaine peut encore faire la différence. L’Europe joue quant à elle la carte de l’exemplarité et de la puissance normative.

Des risques forts mais différents pour l’Europe, l’Inde et l’Afrique

Pour l’Europe le risque, par naïveté et incohérences est de subir un nouveau recul relatif de sa position l’obligeant à se redéfinir radicalement.
Pour l’Inde comme pour l’Afrique le risque est que leur développement ne soit freiné et que l’exaspération des populations, déjà forte, n’explose provoquant instabilités et crises.

industries polluantesLe fossé nord-sud : une solidarité nécessaire pour dépasser les défiances

Le poids qu’ont pris les émergents dans les négociations climatiques modifie donc la relation de pouvoir avec des acteurs comme l’Europe. La position des émergents remet en question la stratégie européenne d’un « leadership normatif ». Jusqu’à présent l’Europe a su définir des objectifs ambitieux et utiliser son marché intérieur pour transformer les comportements des entreprises, y compris les siennes. L’Union veut également utiliser l’extraterritorialité de la norme pour accélérer la transition dans d’autres régions et contraindre les comportements des entreprises hors de l’Union. Malgré les difficultés, les oppositions rencontrées lors de sa mise en place initiale, le projet d’instaurer un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières en fournit un exemple.
Le changement climatique crée des problèmes d’équité de distribution entre les régions, car certaines seront plus affectées que d’autres par les effets climatiques à court et moyen terme. Si nous ne traitons pas les questions d’équité de distribution, la transition sera subie par tous. De plus les effets du changement climatique déstabiliseront nombre de pays et donneront lieu à des migrations humaines forcées ou volontaires à la recherche d’avantages économiques à partir de nombreux pays du sud jusqu’aux frontières de l’Union européenne, à la frontière sud des USA et de beaucoup d’autres pays de l’OCDE.

Une nouvelle économie politique à l’échelle globale

Prendre en compte les enjeux sécuritaires et géopolitiques liés à la transition préfigure aussi une nouvelle économie politique. Les acteurs doivent s’organiser non plus autour de l’idée de profit mais bien de l’idée de stabilité et de sécurité.
La répartition des coûts de la révolution carbone est aussi un sujet que seuls les Etats peuvent arbitrer, au nom de leurs sociétés : quel équilibre entre les consommateurs, les contribuables, les investisseurs, les différentes générations et les différentes régions du monde ?
Mais il y a des contradictions évidentes entre les engagements climatiques et la souveraineté des États dans un contexte exacerbé d’insécurité énergétique et de alimentaires et de crises, pandémies et conflits
Pour l’investisseur responsable, au-delà d’investissements privilégiant les trajectoires compatibles avec une neutralité carbone visée à horizon 2050, il faut donc investir dans ce qui permet de construire collectivement les étapes de la révolution carbone, de renforcer les nations, la stabilité et la sécurité mondiale.

Pour une transition énergétique juste, levier de cohésion sociale

ANNEXES

Liste des personnes auditionnées

  • Chine : Mr François ISSARD (DG TotalEnergies en Chine pendant 20 ans et expert transition énergétique auprès de la délégation européenne en Chine)
  • Inde : Sir Dipak Dasgupta (Distinguished Fellow, TERI (India) Lead Author & Core Writing Team, IPCC Sixth Assessment)
  • Etats-Unis : Dr. Irving Mintzer, Professor and Director, The CIG Initiative, University of Maryland School of Public Policy
  • Afrique :

▪ Mr Alioune Kane (professeur à l’université de Dakar)
▪ Mr Amadou Thierno Gaye (professeur à l’université de Dakar)
▪ Mr Youba Sokona (professeur à l’université de Bamako)

  • Allemagne : Carlo Jaeger – professeur à l’université de Potzdam
  • L’Europe – La taxonomie européenne : Simon Janin – Directeur des Affaires règlementaires et publiques – Amundi
  • Le Brésil : Emilio Lebre la Rovere (professeur à l’Université Fédérale de Rio de Janeiro)

Liste des membres du groupe de travail

  • Yves BAROU (Co-Président du groupe de travail)
  • Jean JOUZEL (Co-Président du groupe de travail)
  • François EWALD (Délégué Général du Comité Médicis)
  • Stanislas POTTIER (Senior Advisor Amundi et membre du Comité Médicis)
  • Sylviane PARGADE (Secrétaire Générale du Comité Médicis)
  • Quentin ANDRÉANI (Rédacteur pour le Comité Médicis)
  • Thomas GAUDIN (Économiste à l’ADEME)
  • Jean-Charles HOURCADE (CIRED)
  • Philippe PORTIER (Secrétaire national CFDT)
  • Claire TUTENUIT (Entreprises Pour l’Environnement – spécialiste de RSE et de la transition écologique)
  • Stéphane VOISIN (Institut Louis Bachelier (ILB) / Responsable du Programme Interdisciplinaire sur la Finance Verte et Durable de l’ILB)
  • Alioune Kane (professeur à l’université de Dakar)
  • Amadou Thierno Gaye (professeur à l’université de Dakar)
  • Youba Sokona (professeur à l’université de Bamako)
  • François ISSARD (DG TotalEnergies en Chine pendant 20 ans et expert transition énergétique auprès de la délégation européenne en Chine)

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