Les opinions exprimées dans ce rapport n’engagent ni ces personnes ni les institutions qu’elles représentent.

Présidents du groupe de travail

Yves Barou, Membre du Conseil d’orientation du Comité Médicis
Jean Jouzel, Membre du Conseil d’orientation du Comité Médicis

Membres du groupe de travail

Quentin Albert, Amundi
Christian de Perthuis, Chaire économique du Climat – Université Paris Dauphine
Jean-François Descaves, Président d’Asset Market
François Ewald, Comité Médicis
Thomas Gaudin, Economiste – ADEME
Christian Gollier,  Directeur général de Toulouse School of Economics
Stéphane Hallegate, Economiste – Banque Mondiale
Jean-Charles Hourcade, CIRED
Pierre Jacquet, Président de Global Development Network
Caroline Le Meaux, Amundi
Stanislas Pottier, Amundi
Philippe Portier, CFDT
Valérie Quiniou-Ramus, Directrice exécutive Prospective et Recherche – ADEME
Mathieu Soulas, Directeur Stratégie et Climat – TOTAL
Claire Tutenuit, Déléguée Générale – Entreprises pour l’environnement
Stéphane Voisin, dirigeant du programme « Finance durable » à l’Institut Louis-Bachelier

 

 

Les personnes auditionnées dans le cadre de cette étude :

Charlotte Aubin, Présidente de Greenwish
David Djaïz, Essayiste, enseignant à Sciences Po
Patrice Geoffron, Professeur d’économie – université de Paris Dauphine
Fanny Henriet, Professeur et chercheuse à Paris School of Economics
Renaud Lagrave, Vice-Président de la région Nouvelle Aquitaine
Benoit Leguet, Directeur général – I4CE
Hervé Le Treut, Climatologue – IPSL
Denis Payre, Entrepreneur et homme politique, Fondateur de Business Objects et Kiala

Le social, condition et objectif de la transition énergétique !

L’impensé, l’angle mort des discussions sur la transition énergétique est aujourd’hui la dimension sociale. Pourtant, mal prise en compte, elle peut la faire échouer ou la retarder durablement. L’acceptabilité sociale, la cohésion sociale, la conviction que les efforts sont justes et partagés seront les piliers d’une transition réussie.

La tension entre social et environnement s’est posée dès le départ, en fait dès la convention de l’ONU à Stockholm en 1972. La convention climat de Rio avait ensuite le mérite de fixer l’allègement de la pauvreté comme première priorité et le développement durable comme perspective globale. Beaucoup de travaux ont tenté depuis de conjuguer ces deux impératifs.

Mais, depuis quelques années, s’est développé un courant qui, constatant l’urgence climatique, a relégué au second plan les questions sociales. Et depuis, ce divorce s’est amplifié avec des courants de pensée étrangers l’un à l’autre et des forces sociales mobilisées différentes. Il fait de la protection de l’environnement, notre bien commun, non pas un objectif mobilisateur de l’ensemble de l’humanité mais un facteur de divisions. Il se traduit déjà par des retards, des incohérences et des reculs.

Cette tension entre le climat et le social doit donc être abordée franchement sans faux-fuyants ni esquives. La pédagogie, par ailleurs nécessaire, ne peut, à elle seule, résoudre une contradiction qui touche à la globalisation et à l’accroissement des inégalités.

Le réchauffement climatique s’annonce comme un mécanisme de renforcement des inégalités, mais aussi de redistribution des rapports de forces entre les territoires en fonction de leur exposition aux nouvelles conditions climatiques, de leur vulnérabilité propre, et, pour certains, de leur capacité à saisir des opportunités.

La transition énergétique, que ce soit pour la prévention ou pour l’adaptation, viendra elle-même spontanément aggraver les inégalités, déjà en explosion ; elle est naturellement anti-redistributive car elle implique une hausse des coûts de l’énergie et des coûts de production. Elle accroit ainsi, au sein des pays développés, les inégalités en termes de revenus et d’emploi tandis qu’elle pénalise les pays en voie de développement dont la sortie de la pauvreté dépend, comme nous au XXème siècle, de secteurs intensifs en énergie.

Il est illusoire de penser que « cela s’arrangera tout seul » ou de construire cette transition sur le sacrifice du social !

Ce sacrifice du social, et en particulier des classes populaires des pays développés, a été depuis plusieurs dizaines d’années le résultat des politiques dites libérales avec une exposition accrue à la concurrence contrepartie de l’accès aux marchés mondiaux une forme de désindustrialisation et l’acceptation d’un chômage de masse. Certes le « français moyen » y a gagné en tant que consommateur, mais il est aussi producteur et salarié, et, sur ce terrain, il a beaucoup perdu.

Il s’agit en fait de beaucoup plus que de réconcilier le social et la transition énergétique. Il s’agit de prendre conscience que la transition énergétique ne peut réussir sans prendre en compte la dimension sociale et qu’une telle transition opérée de manière juste peut devenir le fondement, le principe, d’une nouvelle cohésion sociale.